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Les M&M’s, dangereux selon Bové ? Oui

Les M&M’s, dangereux selon Bové ? Oui

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José Bové est un porte-parole et un lanceur d’alerte assez extraordinaire. Quet des journalistes de France 5 se sont intéressés aux nanoparticules de dioxyde de titane dans le cadre d’un sujet sur la composition des chewing-gums il y a quelques semaines, cela n’a pas eu le même effet !

Pour comprendre de quoi il s’agit, il faut d’abord rappeler la définition d’une nanoparticule. C’est une particule dont au moins une des dimensions est inférieure à 100 nanomètres.

Dans les objets et les produits de consommation qui contiennent ces particules, tout n’est pas sous la forme nano, certaines peuvent être 10 fois plus grosses.

José Bové appelle à » boycotter les M M’s » par BFMTV

Du dioxyde de titane dans le ciment et les bonbons

Les nanoparticules ont des propriétés particulièrement intéressantes pour les industriels. C’est pourquoi elles sont fabriquées en quantités énormes : selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), on produit 500.000 tonnes de substances nanoparticulaires dans le monde chaque année, dont 14.000 tonnes de nanoparticules de dioxyde de titane !

Le dioxyde de titane est utilisé entre autres comme colorant blanc, et ses applications sont très larges : on en retrouve aussi bien dans la peinture blanche que dans le ciment, les revêtements de route, les produits cosmétiques (comme les crèmes solaires), le dentifrice ou l’alimentation, où il est appelé E171 sur les emballages.

Ainsi, on utilise ces nanoparticules dans des produits alimentaires auxquels on veut donner une couleur blanche (comme les bonbons et les chewing-gums dragéifiés). C’est dans leur utilisation en tant qu’additif alimentaire que certains points peuvent poser problème.

En effet, lorsque l’on mâche un chewing-gum ou que l’on mange un bonbon, on ingurgite ces nanoparticules de E171, et l’on peut les retrouver jusque dans les intestins…

Des nanoparticules qui ne se dissolvent pas dans le corps

C’est un problème tout à fait actuel, révélé par plusieurs publications, dont une des équipes de recherches du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives dans la revue « Particle et fibre toxicology » en 2014. Elle montre qu’il est possible que ces nanoparticules s’accumulent dans l’intestin, où elles restent sous une forme cristalline pendant au moins 24 heures et elles ne se dissolvent pas.

Prenant ce critère en compte, on peut se demander si l’E171 peut également être transféré de l’épithélium intestinal vers le sang et d’autres organes. Dans des expériences chez l’animal de laboratoire, il peut en effet s’accumuler dans le foie, les reins, et même peut passer la barrière hémato-encéphalique.

Ce n’est pas une question nouvelle. On a commencé à la poser dès le Grenelle de l’environnement, mais les industriels de l’agroalimentaire prétendaient qu’ils n’utilisaient pas de nanoparticules. Ils reconnaissent aujourd’hui qu’ils y ont recours.

On sait aujourd’hui que ces nanoparticules sont utilisées en grandes quantités dans l’alimentation. Outre le dioxyde de titane, il y a aussi de la silice amorphe dans la farine, le sucre et le sel par exemple, où elle empêche l’agrégation.

Un possible cancérigène qui provoquerait des inflammations

On avait très peu de données il y a encore quatre ans sur la question du devenir des nanoparticules alimentaires après ingestion, et nous ne disposons pour le moment d’aucune donnée chez l’homme, car les études ont été réalisées uniquement sur des animaux ou des épithéliums reconstitués.

Le problème du dioxyde de titane, c’est qu’il a été classé comme possible cancérigène par le Centre international de recherche sur le cancer en 2006. Toutefois, on ne peut pas affirmer aujourd’hui qu’il présente un risque avéré, mais uniquement un risque suspecté.

Des pathologies peuvent-elles se développer ? On sait que ces nanoparticules sont capables de provoquer un stress oxydant, c’est-à-dire qu’elles interagissent avec l’oxygène que l’on trouve dans les cellules. Cela peut engendrer des réactions inflammatoires qu’on retrouve dans les pathologies chroniques, et peut provoquer sur le long terme des effets de lésions ou une inflammation de l’intestin grêle par exemple.

Des dangers avec l’absorption, mais aussi l’inhalation

Les risques sont donc liés à l’absorption pour les consommateurs, mais également à l’inhalation pour les travailleurs dans les usines de fabrication. C’est d’ailleurs ce dernier point qui a été étudié en priorité.

Dans ces usines, les employés sont protégés, mais c’est la sous-traitance qui pose problème, parce que les ouvriers ne sont pas toujours inpourmés de leur exposition. Quelles sont les conséquences de l’inhalation de dioxyde de titane pour les ouvriers manipulant du ciment, des revêtements de route, et qui ne connaissent pas la nature de ces produits ?

L’E171 est aussi utilisé dans les crèmes solaires

La question se pose aussi en cosmétologie, puisque l’E171 est utilisé dans de nombreux produits, comme le maquillage ou les crèmes solaires.

Il serait ici nécessaire de faire une évaluation bénéfices-risques. Le dioxyde de titane a en effet des propriétés intéressantes, car il permet une bonne protection vis-à-vis des UV, qui sont eux pour le coup un cancérigène certain, mais le problème est son passage à travers l’épiderme.

A priori, si la peau n’est pas lésée, l’E171 reste en surface, mais s’il la traverse, jusqu’où cela peut-il aller ?

De réels risques pour l’environnement

À l’heure actuelle, c’est cependant son passage dans les intestins qui semble le plus problématique, car s’il présente des propriétés intéressantes pour les crèmes solaires, on ne peut pas en dire autant pour l’alimentation. L’utiliser uniquement comme colorant pour rendre des produits plus agréables à l’œil est-il vraiment utile et raisonnable ? Je me pose aujourd’hui la question.

Il faudrait une révision au niveau européen, afin d’interdire l’utilisation de ces nanoparticules au moins dans les produits alimentaires quet cela n’est pas nécessaire, dans un premier temps.

Enfin, c’est un problème beaucoup plus vaste qui se pose avec le cycle de vie des produits qui contiennent de l’E171 : le dioxyde de titane peut être libéré sans qu’on le sache dans l’environnement.

Propos recueillis par Rozenn Le Carboulec.

 


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Source : Le Nouvel Observateur
Date de parution : 18/03/2015

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