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Quels ingrédients nano dans notre alimentation ?

Quels ingrédients nano dans notre alimentation ?

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Le flou domine concernant les applications des nanos dans l’alimentation : les applications énumérées ci-dessous ne sont pas nécessairement toutes déjà commercialisées, ni présentes sur le marché français. Les promesses comme les risques demandent à être mieux évalués.

La plupart des applications des nanotechnologies dans le domaine alimentaire concernent aujourd’hui les matériaux au contact des aliments : emballages, surfaces de découpes, instruments de cuisine, parois de réfrigérateurs, filtres à eau par exemple.
Elles ont pour but de :

  • renforcer leur solidité, rigidité et résistance à la dégradation : nano nitrure de titane pour prévenir les rayures sur les emballages plastiques par exemple
  • accroître leur transparence (emballages plastiques)
  • permettre une meilleure conservation des aliments en protégeant nourriture ou boisson contre :
    • les UV : nanoparticules d’oxydes de titane TiO2 dans des emballages plastique, nanoparticules d’oxyde de zinc,
    • la perte des arômes et les échanges gazeux (entrée d’oxygène, fuite de gaz carbonique) : nanoargiles, nanoparticules d’oxydes de titane dans des bouteilles plastique pour des bières aux Etats-Unis ; nanoparticules de nitrure de titane dans des emballages en PET (PolyEthylène Téréphtalate) autorisées en Europe
    • l’humidité, l’oxygène (nanocouches d’aluminium ou d’oxyde d’aluminium utilisées pour des emballages de barres de chocolat)
    • les microbes, bactéries ou champignons (nano oxyde de zinc ZnO, nano dioxyde de titane TiO2 et nanoargent que l’on retrouve également sur les parois internes de certains réfrigérateurs, sur des planches à découper, des récipients hermétiques pour la conservation des aliments, barquettes alimentaires, films transparents, etc.)
  • ou encore favoriser un meilleur écoulement des sauces.

Les recherches nano dans le domaine des emballages alimentaires donnent lieu à de nombreuses publications académiques sur le sujet.
Elles se complexifient et s’élargissent désormais également aux applications comme les nanocapteurs biologiques incorporés dans des emballages dits « intelligents » pour vérifier que la chaîne du froid a été respectée, assurer la traçabilité des aliments ou détecter et signaler les détériorations, bactéries ou contaminants dans les denrées alimentaires. Début 2013 en France, l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) a intégré dans son son appel à projets P2N (Nanotechnologies et nanosystèmes) , entre autres, un appel pour soutenir des recherches sur « l’apport des nanotechnologies aux emballages intelligents et aux revêtements ».

Un point de débat porte sur la possibilité que des nanomatériaux migrent des emballages (ou des revêtements de surfaces des instruments de cuisine) jusqu’aux denrées alimentaires qu’ils contiennent ou avec lesquelles ils entrent en contact ; les modalités de ce transfert et les risques qu’ils pourraient entraîner sont encore largement méconnus et très variables puisqu’entrent en ligne de compte de multiples facteurs (la température, la durée du conditionnement, la nature des denrées conditionnées : liquides ou solides, etc.).

En 2009, l’Association Nationale des Industries Alimentaires (ANIA) affirmait que « l’absence de migration dans les produits alimentaires a été démontrée ». PlastiquesEurope, association regroupant des fabricants de plastique européens, a récemment commandité une étude qui tend également à minimiser la probabilité d’occurrence d’une telle migration.

Fortant d’autres études ont montré qu’une migration est parfois possible. La migration des produits chimiques (nano ou non) contenus dans les emballages alimentaires vers les denrées qu’ils contiennent constitue de toute évidence une question majeure pour les années à venir.

Quelles applications dans les denrées alimentaires elles-mêmes ?

Des nanomatériaux directement intégrés dans les denrées alimentaires seraient déjà commercialisés ou en voie de l’être (sans qu’il soit aisé d’identifier ce qui relève de la R&D de ce qui est déjà sur le marché, pour les raisons mentionnées dans notre préambule) :

  • certaines sont présentées comme des solutions innovantes à des problèmes nutritionnels et/ou sanitaires :
    • diminution de la teneur en graisse, en sel, en calories ou en émulsifiants des aliments, sans altération de leur goût :
  • des recherches visent à réduire la teneur en sel des aliments (facteur de développement des maladies cardiovasculaire) : le rapport surface / volume étant plus important à l’échelle nanométrique, un même poids de sel, sous forme nano, permettrait de couvrir une zone plus importante de la surface alimentaire
  • amélioration de l’assimilation de nutriments / compléments alimentaires. :
    • des nanoparticules d’oxyde de zinc (ZnO) seraient par exemple utilisées comme complément nutritionnel (pour renforcer le système immunitaire notamment),
    • des nanoparticules de fer seraient moins nocives pour les intestins que le fer administré sous sa forme classique
    • des principes actifs, vitamines, enzymes, oligoéléments sont nanoencapsulés dans des aliments, afin d’augmenter leur assimilation par notre organisme : protégés par la nanocapsule, les éléments en question se dégraderaient moins vite et seraient mieux absorbés par notre organisme.
  • lutte contre les intoxications alimentaires : des nanoparticules peuvent être utilisées pour lutter contre les infections alimentaires causées par des agents pathogènes (comme les bactéries E. coli ou salmonelles par exemple)
  • d’autres pour des facilités techniques (ou de confort ?) dont l’avantage nutritionnel ou sanitaire n’est pas la motivation&nbsp:
    • additif anti-agglomérant : des nanoparticules de dioxyde de silice (SiO2 : E550/551) utilisées pour fixer l’humidité et empêcher l’agglomération des grains de sel ou de sucre, des épices, du cacao et des autres denrées en poudre.
    • modification des arômes, saveurs, couleurs et textures des aliments :
      • des nanoparticules de dioxyde de titane (additif alimentaire E171) servent :
  • de pigment blanc, utilisé pour rendre des aliments plus blancs, ou pour décliner une palette de couleurs en étant associé à d’autres colorants alimentaires (sur le glaçage de pâtisseries par exemple, un pâtissier pourra ainsi mélanger du E171 avec un colorant rouge pour obtenir du rose, etc.)
  • de vernis transparent rendant un produit plus brillant
  • des nanoparticules, notamment des nanosilices (additif E550/551), sont ajoutées dans certains produits alimentaires (plats surgelés, glaces, sauces pour lasagnes, nouilles instantanées, divers assaisonnements pour viande hachée et burrito, pancake, crème, légumes rôtis, etc.) afin de rendre leur texture plus homogène, plus onctueuse…
  • des recherches sont faites pour diffuser des saveurs, par ouverture progressive de nanocapsules.
  • des nanoagrégats de cacao permettraient d’accroître l’arôme de chocolat grâce à l’augmentation de la surface qui entre en contact avec les papilles gustatives
  • allongement de la durée de conservation :
    • intégration de nanocapsules qui libèrent progressivement des substances conservatrices dans les aliments ; ajout d’un caroténoïde (lycopène synthétique nanométrique, antioxydant) aux limonades, jus de fruits, fromages et margarine par exemple
    • ajout de nanoparticules de dioxyde de titane par exemple (TiO2, E171), que l’on trouve par exemple pour les chewing-gums Trident, les M&M’s, Mentos et autres bonbons, des barres chocolatées ou crèmes à café Nestlé
    • ajout de nanoparticules de platine pour décomposer l’éthylène et ralentir le mûrissement des fruits et légumes
    • ajout d’un revêtement de nanoargent sur des fruits coupés pour allonger leur durée de conservation

Début 2013 en France, l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) a intégré dans son son appel à projets P2N (Nanotechnologies et nanosystèmes), entre autres, un appel pour soutenir des recherches sur « la protection et vectorisation de micronutriments indispensables au travers d’aliments nanostructurés » ou encore sur « les nouveaux additifs ou compléments alimentaires sous forme nanométrique ».

D’autres sources indirectes de contamination de notre alimentation par des nanomatériaux manufacturés

Outre les voies d’entrée citées plus haut (migration des emballages ou applications directes dans les denrées alimentaires), des résidus de nanomatériaux manufacturés peuvent être présents dans notre tube digestif en provenance de différentes sources :

  • Une contamination via les engrais et les pesticides ?

Des nanomatériaux contenus dans des produits phytosanitaires et fertilisants (et ceux présents dans les boues des stations d’épuration utilisées comme engrais) utilisés en agriculture pourraient remonter la chaîne alimentaire. Les connaissances sur l’utilisation des nanomatériaux comme pesticides ou engrais sont encore très lacunaires, mais il a été montré par exemple que des nanoparticules contenues dans des pesticides vaporisés peuvent traverser la pelure des fruits et légumes.

  • Une contamination via l’alimentation animale et les médicaments vétérinaires ?

Des nanoparticules pourraient également être utilisées dans l’alimentation animale ou les traitements médicamenteux pour les animaux destinés à la consommation humaine.
Mais en 2009, l’Afssa écrivait : « Après consultation de l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV) et de la Direction du végétal et de l’environnement (DiVE) il apparaît qu’aucun médicament vétérinaire ou produit phytosanitaire relevant des nanotechnologies n’a été soumis à autorisation à ce jour en Europe ».

  • Une contamination plus générale ?

PluInternalisationTranslocations généralement, des résidus de nanomatériaux manufacturés peuvent également être présents dans notre alimentation sans avoir été introduits
à dessein par l’industrie agroalimentaire, mais plus prosaïquement du fait du relargage et de la dispersion des nanomatériaux manufacturés dans l’environnement et de leur transfert dans la chaîne alimentaire:

  • ceux qui sont présents dans les sols peuvent être absorbés par les racines, puis transférés :
  • vers les graines des végétaux (par exemple dans des germes de soja)
  • vers les feuilles (de blé, de colza ou de salade par exemple) :
  • vers les fruits des tomates

Enfin, des nanomatériaux inhalés (ou résidus de nanomatériaux) peuvent être conduits dans le système gastro-intestinal après déglutition.


NANOSANTE.NET > REVUE  DE  PRESSE

Source : Veillenanos, une veille citoyenne sur les nanos
Date de parution : 20/05/2015

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